mercredi 17 mars 2021

Le Marcionisme : hérésie ou vrai mysticisme ? partie 01



Qui est Marcion de Sinope (IIème s. ap. J.-C.) ?


Il est un hérésiarque, excommunié, par le pape Pie Ier, en 144, pour avoir défendu l'idée selon laquelle le Dieu, père de Jésus, est un Dieu d'Amour, contrairement au Dieu de L'Ancien Testament et de la Torah, considéré lui, comme un Dieu féroce, cruel et sévère. Les événements majeurs de la vie de Marcion sont très peu connus : il serait fils d'un évêque chrétien, né aux environs de 100 ap. J.-C, à Sinope, en Asie Mineure.
Ses principes connaissent un grand succès, à tel point qu'il fonde sa propre église, très bien structurée, mais comme elle concurrence l’Église traditionnelle, elle est considérée comme une secte gnostique. Régulièrement frappée d'anathèmes par les pères de l’Église, l’œuvre de Marcion a pourtant perduré de manière exceptionnelle jusqu'au VIème siècle. Son « organisation » (sa « secte ») a eu des martyrs et connut un véritable succès, qui s'explique par la clarté des principes qu'il défend. Métrodore a vécu le martyre du feu sous l'empereur Dèce. Toutefois, la conception d'un Dieu bon qu'il offre d'aimer, dans une approche mystique, est battue en brèche par les détracteurs de Marcion, qui rappellent que les hommes sont restés longtemps en proie aux persécutions de Satan et Jéhovah. L’œuvre de Marcion nous est connue par Tertullien, son principal adversaire.

Marcion de Sinope, en opposition avec la liturgie de l’Église, instaure le jeûne le samedi, et non le dimanche. Cette initiative serait justifiée par une démarche d'opposition au Dieu des "Juifs", considéré mauvais par les Marcionites. Il rejette d'ailleurs catégoriquement l'Ancien Testament, et ne reconnaît  que l'Evangile de Luc, les Actes des Apôtres et dix Épîtres  de  Paul. L’Église marcionite revendique en fait l'héritage de Paul car il rejetait la circoncision et certaines prescriptions judaïques. Ainsi, il cherche à s'éloigner de la  nouvelle religion du judéo-christianisme.
Marcion meurt à Rome en 165, alors qu'il avait été chassé en 144. Il meurt en laissant une église marcionite vive et très bien structurée. Il laisse à ses adeptes l'obligation de l'abstinence et du célibat. Le vrai mariage est avec Jésus-Christ, être d'essence divine, témoignant de l'existence d'un Dieu d'Amour. Il a parcouru pendant une vingtaine d'années tout l'Empire, pour prêcher ses théories, défiant ainsi l’Église traditionnelle. Elle a vu en Marcion et sa secte, un véritable danger : les conversions vers son obédience furent nombreuses. Son apparent manichéisme et la simplicité de son discours plaisent. L’Église romaine fera tout pour effacer toutes les traces de son passage, et Tertullien, en polémiste méthodique, achèvera cette condamnation des marcionites. En 268, le concile d’Antioche condamne Marcion et le Marcionisme.


Marcion l'apostat.

Marcion fut  un autodidacte, peu soucieux de la tradition chrétienne, mais qui a su rester éloigné des idées de Valentin ou Basilide. Pour Tertullien, Marcion propose un système incohérent dont il s'attache à montrer les erreurs et les lacunes. Pour cela, Tertullien s'intéresse au meilleur disciple de Marcion, Apelle, auteur d'un Syllogismes, dont seuls des fragments nous sont aujourd'hui parvenus. Apelle pousse à l'extrême les théories de Marcion en affirmant, par exemple, que tous les récits de Moïse sont faux. On peut y lire une volonté de consolider les principes de Marcion. Selon lui, le Démiurge serait un ange !
L’Église le condamne donc à plusieurs titres. Marcion est un apostat, séduit par des élucubrations gnostiques qui l'emportent vers l'hérésie. Ses conceptions sont sectaires et alors contradictoires. L’Évangile de saint Luc est mutilé et altéré pour les besoins de sa gnose. Marcion aurait été inspiré par une certaine Philumène, dont on ne connaît aucune citation. Aux yeux d'Ernest Renan, elle serait surtout l'allégorie de la vérité philosophique. 

Suite :

Marcion partie 2
Marcion partie 3 

Marcion partie 4

Marcion partie 5
Marcion partie 6
Marcion conclusion
 


dimanche 7 mars 2021

Le Marcionisme : hérésie ou vrai mysticisme ? conclusion

L'importance de Marcion dans l'histoire de la chrétienté est indéniable aujourd'hui. Mais l’Église de Marcion sera souvent imitée, citée et bien sûr, déformée. Il fut d'ailleurs souvent nommé « le premier protestant », ce qui permet de rappeler que le christianisme des origines faillit se diviser en deux branches, lors de l'expansion marcionite. En recomposant l’Évangile de Luc, et en rejetant le Dieu d’Israël présent dans l'Ancien testament, Marcion a provoqué la résistance d'une chrétienté vacillante. Il y aurait eu autant de marcionites que de chrétiens.
Les dérives antijudaïques de Marcion nourriront évidemment les concepts antisémites d'une certaine catégorie de Nazis illuminés. Carl Schmitt (1888-1985), juriste du IIIème Reich, professeur de droit et catholique fervent, fut très marqué par l'idéologie marcionite, comme le rappelle Tristan Storme dans son ouvrage Carl Schmitt et le marcionisme, publié en 2008. Marcion, dont l’Église balaye systématiquement la mémoire au nom de l'hérésie, est accusé d'être aux origines de l'antisémitisme catholique. La parution de la somme magistrale de von Harnack, en pleine expansion des idées nazies dans l'Allemagne des années 20 et 30, serait le signe de cette radicalisation de certains catholiques européens. Peut-on voir dans le Nazisme une résurgence marcionite modernisée, dans le but de discréditer un peu plus Marcion ? 
 
Suite :

Le Paulicianisme : aux sources du Catharisme Conclusion

Le Paulicianisme se répand en Asie mineure et en Arménie à partir du VIème siècle. L'Arménie est une terre de confluences : pays chrétien, coincé entre le monde perse et la domination byzantine, un territoire aux frontières nombreuses dans lequel le christianisme primitif rencontre des influences manichéennes, celles du zoroastrisme, et aussi celles des courants gnostiques orientaux.
Les Bogomiles reprennent en droite ligne le flambeau paulicien modéré, qui reprenait lui-même les lueurs marcionites. On rappelle que ces deux courants s'inscrivent dans une même lignée qui tend à s'éloigner des courants gnostiques et orthodoxes. Les sectateurs bulgares ont abandonné les velléités belliqueuses de certains de ses membres radicaux. On se rappelle le moment où le Paulicianisme, à la mort de Sergius, connaît une crise interne qui divise le mouvement en deux groupes (une frange modérée et une frange militaire). Karbéas et ses adeptes fidèles ont fondé un véritable état guerrier paulicien à Téfrik, au IXème siècle.
Les Bogomiles, attachés aux principes de la contemplation, profitent de leurs excellents propagandistes pour disséminer leur doctrine un peu partout en Europe. Mais, ils ne sont pas un pur produit autochtone. Il est évident que sans les Pauliciens de l'empire byzantin, sans leur doctrine mûrie sur les principes évangéliques, le bogomilisme ne serait qu'un syncrétisme des dualismes chrétiens et gnostiques, très nombreux et variés en aux frontières occidentales de l'empire.
Du paulicianisme, les Bogomiles adoptent tous les principes : la christologie docète, le rejet de la croix, la condamnation de Moïse et de Jean-Baptiste, le récit de la Nativité, le Credo, la chasteté, la croyance dans le règne de Satan, une vision libérale de la place de femme, les canons. Ils défendent aussi un même retour au christianisme apostolique, fait de simplicité et de « pureté », détaché des richesses matérielles. Ils n'accordent aucune valeur à l'Eucharistie et refoulent la hiérarchie cléricale. Les accusations de manichéisme sont formulées dès lors, par des membres de l'Eglise, qui craignent de perdre leurs prérogatives confortables.
Il est même possible de voir dans les principes bogomiles des points communs avec certains courants du monachisme traditionnel. Le moine Euthyme Zygabène insiste particulièrement sur un point intéressant du fonctionnement de l’Église bulgare, lorsqu'il rappelle qu'ils ont une estime particulière pour Paul, non l'apôtre néotestamentaire, mais Paul de Samosate, « le détestable chef des Pauliciens ».
Chez les Cathares et, avant eux chez les Pauliciens de Bulgarie, il est attesté d'un second baptême : une sorte de cérémonie de conversion spirituelle, dans le but d'accéder au rang de « parfait ». La vêture, l'esprit de pénitence et l'ascèse qui s'observent alors, présentent des analogies troublantes avec l'entrée dans la vie monacale. Certains y verront là des inspirations propres aux francs-maçons.
Également, le moine Euthyme pointe selon lui une erreur impardonnable dans le péché d'ignorance : les adeptes bogomiles sont soumis à une sorte d'initiation secrète. Ils se lient par des serments, tout en niant la résurrection de la chair. Euthyme a-t-il voulu, dans un souci rhétorique et argumentatif, « salir » le bogomilisme en l'assimilant à une secte païenne à mystères, ou bien peut-on y voir la naissance des pratiques cathares ?


Sources :
The Medieval Manichee: a study of the christian dualist heresy, Steven Runciman, 1982.
Pauliciens bulgares et Bons-Hommes en Orient et en Occident: étude sur quelques sectes du Moyen Age, Alexandre Lombard, 1879.
Christianisme : Dictionnaires des temps, des lieux et des figures, André Vauchez, 2010.
Interrogatio Johannis, publié par Edina Bozóky, 1981.
Liturgie Romaine et Inculturation, ouvrage collectif, 2002.
Histoire du christianisme, volume 4 : Évêques, moines et empereurs (610-1054), ouvrage collectif, 1996.
Les Hérétiques au Moyen Age : suppôts de Satan ou chrétiens dissidents ?, André Vauchez, 2014.
Histoire des Cathares, Michel Roquebert, 2002.

Léonidas aux Thermopyles

Dans le monde grec du Vème av. J.-C., la suprématie du guerrier spartiate, d’une qualité extraordinaire, n’est plus à démontrer. Ces guerriers sont tellement craints que les Athéniens se réfugient derrière leur enceinte fortifiée, refusant l’affrontement, durant les premières années de la guerre du Péloponnèse.

Cette fuite des Athéniens vient de la légende et des hauts faits d’armes des Spartiates qui sont racontés à travers toute la Grèce. Le récit de la bataille des Thermopyles et du sacrifice des trois cents hoplites de Léonidas encourage cette réputation unique de la phalange spartiate qui refuse toute défaite.

« Etranger, va dire à Lacédémone que nous gisons ici pour obéir à ses lois. »
(Hérodote, L’Enquête, VII, 228)

Hérodote est sans nul doute le héraut de l’admiration générale pour Léonidas et ses fameux Trois Cents. « Les Lacédémoniens combattirent de manière digne de mémoire ; ils firent voir par différents traits qu’au milieu d’hommes ignorant l’art de la guerre ils le possédaient à fond ; en particulier, chaque fois qu’ils tournaient le dos, ils conservaient, en ayant l’air de prendre la fuite, une formation serrée ; les Barbares les voyant fuir, les poursuivaient en criant et en menant grand bruit ; mais eux, au moment d’être atteints, se retournaient face aux Barbares et, à la faveur de cette conversion, abattaient des Perses en nombre incalculable1. »
Malgré la défaite, les Spartiates de Léonidas conservèrent durablement une sorte de prestige. Mais que s’est-il passé exactement aux Thermopyles ?


Le défilé des Thermopyles


Dès le début de la Seconde Guerre Médique, le commandement de la coalition grecque contre l’envahisseur perse, Xerxès, est confié aux Spartiates, menés par Léonidas et Eurybiade. Un congrès à Corinthe se tient au cours du printemps 480 av. J.-C., afin de décider d’une stratégie. Les Grecs renoncent à toute tentative de résistance en Thessalie mais sont prêts à unir la flotte et les troupes des différentes cités.

Les Thermopyles, littéralement les « portes chaudes », nommées ainsi en raison des sources d’eaux chaudes se trouvant aux environs, constituent un passage étroit entre la Thessalie et la Locride, au sud du golfe Maliaque jusqu’à l’embouchure du fleuve Spercheios. 

Cette position stratégique fait de ce lieu particulier un théâtre de batailles nombreuses durant l’Antiquité mais aussi au XXème siècle.

C’est dans ce défilé que s’affrontent Sparte, ses alliés et l’envahisseur perse, au mois de Septembre 480 av. J.-C. Hérodote nous renseigne sur le nombre des participants : deux millions d’hommes du côté Perse, opposés à environ sept mille hommes du contingent grec. Évidemment, les chiffres d’Hérodote concernant l’armée perse semblent erronés : les historiens avancent le chiffre d’environ deux cent mille hommes, peut-être moins.

Les préparatifs de la plus fameuse bataille de l’Antiquité grecque


Du côté grec, la réunion de Corinthe permet une alliance unanime des cités grecques. Une réconciliation générale intervient, et trente-et-une cités s’engagent par serment dans une ligue défensive contre les Perses et préparent des contingents de soldats. Le commandement des troupes est confié à deux Spartiates, le roi Léonidas Ier pour les fantassins et Eurybiade pour la flotte grecque. Mais durant l’hiver de la fin de l’année 481 av. J.-C., les Grecs tergiversent sur le plan de campagne et ne peuvent s’opposer à la conquête de la Thessalie par les troupes perses au printemps 480 av. J.-C.

Du côté perse, on cherche à envahir une position défensive très forte aux Thermopyles qui commande l’accès à la Béotie et à la Grèce centrale. Ce défilé était le seul passage entre la Thessalie et la plaine de l'Attique, coincé entre la montagne de l’Oeta et le golfe Maliaque. 
Les Perses, pour garder le contact avec leur flotte, doivent emprunter cette seule route importante qui passe par les Thermopyles. L’armée de Xerxès est diversifiée : elle rassemble des Perses, des Kissiens et les Immortels, réputés venir des plateaux iraniens. D’après Quinte Curce, l’historien romain, l’armée perse est un rassemblement d’hommes issus des conquêtes achéménides ainsi que des mercenaires, parfois grecs. Cela semble expliquer les nombreuses défaites qu’essuient les troupes de Xerxès face aux alliés grecs, mieux entraînés, endurants et disciplinés au combat.

Sur mer

La flotte grecque, assez importante, se trouve au Nord de l’Eubée, dans la région du cap de l’Artémision. Au cas où l’armée achéménide serait parvenue à progresser rapidement vers le Sud, elle aurait été en mesure de couper la retraire à la flotte grecque en bloquant le détroit de l’Euripe, à Chalcis. Un barrage situé aux Thermopyles permet de sauver la flotte grecque et prend donc une importance capitale.

Les Perses arrivent enfin sur les lieux, la bataille peut commencer. Xerxès et Léonidas s’observent pendant cinq jours.

L’affrontement et le sacrifice des Trois Cents


Au cinquième jour, premier jour de la bataille des Thermopyles, Xerxès décide d’envoyer ses troupes mèdes contre les alliés. L’affrontement a lieu au pied du défilé, dans le passage le plus étroit. Selon Diodore, « les hommes se tiennent au coude à coude ». Les Grecs forment un véritable mur de boucliers dont seules les piques et les lances émergent. L’infanterie perse utilise des boucliers en osier et des lances courtes, ce qui les empêche de combattre efficacement l’ennemi.

Les Grecs, en effet, écrasent les Perses et Xerxès est obligé à plusieurs reprises de se lever du siège d’où il observait la bataille ! Les pertes grecques sont minimes. Xerxès décide alors d’envoyer dans un second assaut les Immortels : son infanterie d’élite composée de dix mille hommes.

C’est là que les Grecs utilisent la tactique de la fausse retraite pour tromper l’ennemi et massacrent littéralement les Immortels qui n’échappent pas à la violence acharnée des coups spartiates.

Le second jour


Dès le matin du deuxième jour, Xerxès envoie de nouveau ses troupes à l’assaut des Grecs, inspirés par la détermination des Spartiates. Mais cette nouvelle journée de combat est encore un échec cuisant pour les Perses, et leur chef devient perplexe. Voulant à tout prix détruire cette poche de résistants, Xerxès est prêt à faire appel à un traître, Spartiate, le tristement célèbre Ephialtès : son nom signifie “cauchemar”…
Ce traître sans scrupule révèle à Xerxès l’existence d’un sentier, non défendu ni surveillé par les Grecs qui permet de contourner le défilé des Thermopyles en passant par la crête de la montagne.

Le troisième jour


A l’aube, les Perses décident d’emprunter le chemin révélé par Ephialtès. Réveillés en sursaut, les Grecs sont surpris par le bruit que font les ennemis, et découvrent avec stupeur qu’ils ont découvert le sentier que Léonidas avait choisi de ne pas défendre, comptant sur l’ignorance des Perses.

Voyant déjà leur fin, certains alliés plaident pour la retraite, ce que ne peut tolérer Léonidas. Celui-ci choisit alors de renvoyer les troupes et de ne garder avec lui que ses fidèles trois cents hoplites, après une grande réunion des chefs alliés. La plupart des alliés de Sparte s’enfuient mais les plus acharnés selon Plutarque sont les Thébains qui souhaitent résister à la domination perse. Mais ceux-ci quittent également le lieu de bataille, abandonnant les trois cents hommes de Léonidas, principalement sa garde royale personnelle, les Hippeis, à une mort certaine.

La phase finale de la bataille des Thermopyles varie selon les sources.
D’après Hérodote, les hoplites se portent dans l’endroit le plus large et affrontent courageusement l’ennemi jusqu’au dernier. Selon Diodore de Sicile, les Spartiates tentent une attaque nocturne dans le camp adverse et parviennent à semer le trouble et disperser les hommes effrayés, impressionnés par cette attaque surprise. Mais l’avantage de la surprise est de courte  durée et rapidement les trois cents spartiates tombent un à un sous les flèches et les javelots perses.

La dépouille de Léonidas est ramenée à Sparte où la construction d’un mausolée témoigne à jamais de son courage. En plus d’un culte à la louange de son héroïsme, des fêtes, les Léonidées, sont instituées afin de perpétuer le souvenir du valeureux chef spartiate.


L’organisation et l’équipement militaires des Perses



Xerxès déçu de la tournure de la Bataille dès le premier jour, décide d’envoyer ses meilleurs fantassins au combat, dans l’assurance qu’ils apporteront une victoire rapidement. Ces soldats sont appelés les Immortels : surnom donné aux mélophores.
Les mélophores sont la garde personnelle de Xerxès : une troupe de dix-mille lanciers. Cyrus l’Ancien a crée ce corps spécial afin de garantir sa sécurité personnelle en période d’instabilité politique, selon Xénophon. Le groupe est divisé en deux parties, une de mille hommes et une autre de neuf mille
La troupe des Mille est menée par un chiliarque. Le mélophore tire son nom du fruit, grenade ou pomme qui orne la hampe de leur lance.
Le surnom d’Immortels provient du fait que dès qu’un homme mourait, il était immédiatement remplacé afin qu’ils soient toujours au nombre exact de dix-mille.
Les mélophores surprennent leurs adversaires par la grande élégance et le raffinement de leur équipement et de leur uniforme.
Le reste de l’armée achéménide est constituée de cavaliers, et de fantassins plus simplement vêtus et équipés que les Immortels. Ils possèdent des haches, des masses de bois, des boucliers en osier et des lances. Ils sont vêtus le plus souvent en peaux de bêtes ou en tuniques simples.

 

L’impact de la Bataille des Thermopyles


Cette défaite spartiate, et plus largement de l’alliance grecque, reste malgré tout un fait d’armes extraordinaire et unique, gravant à jamais dans les mémoires la puissance, le courage et la détermination des hoplites, citoyens-soldats de Sparte. Léonidas devient l’incarnation de l’idéal patriotique : il ne craint pas de sacrifier sa vie pour la défense de la Cité.

Les Grecs imposeront une cinglante défaite quelques mois plus tard aux Perses, lors de la Bataille navale de Salamine. La flotte grecque est menée par Eurybiade de Sparte et Thémistocle d’Athènes.


La vision de la Grèce antique se résume souvent à ces deux principales cités : Athènes et Sparte. Deux conceptions politiques différentes : Athènes la moderne, en perpétuel mouvement et Sparte, la conservatrice, classique et militariste. Dans la réalité de la Grèce du Vème siècle av. J.-C., les cités sont marquées par les symmachies (ligues militaires) maintenant une lutte permanente. Mais face à l’envahisseur, l’union sacrée domine, favorisée par le partage d’une culture identique, entre les deux sœurs ennemies. Et cette alliance est payante.

Au terme des Guerres Médiques, Sparte et Athènes vont retrouver leur rivalité ancienne et provoquer la Guerre du Péloponnèse, lutte acharnée entre les deux cités pour la domination du monde grec. 
Léonidas demeure à jamais un véritable héros.

Citoyen et soldat : être Spartiate

La puissance militaire de Sparte




La grande originalité de Sparte est l’assimilation de la citoyenneté à l’Etat militaire : être citoyen, c’est être soldat, et les Spartiates ne peuvent envisager de dissocier les deux statuts. L’hoplite spartiate est un citoyen-soldat. Au terme d’une longue formation, l’agogé, rude et spartiate au sens figuré du terme, l’homme spartiate devient adulte, citoyen et surtout un guerrier hors-pair.

La naissance de l’hoplite



Lancés dans la conquête de terres plus vastes, le monde grec connaît un bouleversement profond entre le XIème siècle et le VIIIème siècle av. J.-C. Malgré la découverte et la maîtrise du fer, le bronze ne fut jamais autant utilisé que durant le fameux âge du fer. Le bronze permet la fabrication d’un équipement militaire robuste, pratique et élégant.

Les piques, les lances et les armures sont en bronze comme l’indiquent les fouilles archéologiques pratiquées sur des tombes récemment. Mais c’est au cours du VIIème siècle av. J.-C. que l’équipement du soldat grec connaît un bond technologique.
Le terme hoplite vient du « hoplon », le bouclier, arme principale et essentielle du soldat d’infanterie.

Être Spartiate


Un Spartiate préfère la mort à la reddition. Tout le système de Sparte, de la formation des plus jeunes jusqu’au gouvernement des deux rois, repose sur la sélection des meilleurs. Dès la naissance, l’enfant est attentivement examiné : une moindre déformation constatée ou s’il est considéré trop chétif, le droit de vivre ne lui est pas accordé. L’Homme Spartiate doit être robuste. Dès l’âge de sept ans, la sortie de l’enfance, le garçon est retiré de sa famille et confié au pédonome, qui est accompagné de porteurs de fouets.

Le mode de vie spartiate comporte de nombreux éléments qui sont propices à la formation guerrière. L’idéologie et l’éducation spartiate sont pétries d’une importante militarisation. 
L’agogé enseigne quatre disciplines : le maniement des armes, confié à l’hoplomaque, le lancer de javelot, enseigné par l’akontiste, le tir à l’arc, spécialité du toxote, et enfin, le service à la catapulte. 
De nombreux exercices physiques sont pratiqués afin de développer la résistance aux longues batailles. Le drill, les exercices en formation, extrêmement violent reste pourtant assez élémentaire : la principale manœuvre étant le passage de l’ordre de marche à la phalange sur huit rangs.  

L’équipement de l’hoplite

Le hoplon

Il s’agit d’un bouclier rond d’environ quatre-vingt-dix centimètres de diamètre, qui permet de protéger durant le combat, la zone vitale allant du menton jusqu’au milieu des cuisses. Cet élément fondamental est nouveau : il remplace l’ancien bouclier échancré, plus petit et moins maniable. Les Grecs considèrent le bouclier tellement important qu’il donne son nom au soldat qui le possède : l’hoplite.

La modernité de ce bouclier réside dans sa facilité de manipulation et sa légèreté, n’ôtant rien à sa robustesse. Le soldat peut glisser son bras à l’intérieur du porpax, un brassard en bronze à l’intérieur du hoplon. Et, au bout de se brassard, le soldat trouve l’antilabé, poignée d’appréhension en cuir, qui lui permet de le manier aisément.

L’extérieur du hoplon est une plaque en bois recouverte d’une plaque de bronze, l’épisème, souvent décorée d’un emblème à double fonction : identifier l’origine du soldat et éloigner les mauvais esprits et la malchance. 
Les décorations varient mais signalent un véritable souci artistique : créatures mythologiques, animaux, lettres majuscules, comme par exemple le fameux lambda rouge de l’hoplite spartiate, symbolisant son appartenance à Lacédémone.

Les jambières et l’armure

L’équipement de l’hoplite est également composé de jambières travaillées dans le bronze. Elles protègent idéalement les jambes du soldat car elles sont martelées sur mesure et donc totalement adaptées à la forme de la musculature des jambes. Elles recouvrent la partie allant de la cheville au genou et sont maintenues par l’élasticité du métal, tenues par des lanières de cuir. Le bronze est quelquefois décoré de motifs en relief qui contribuent à l’élégance de l’équipement et la beauté du soldat.

Les protections sont complétées par une armure faite d’une plaque dorsale et d’une partie abdominale. Cette cuirasse, également en bronze, est aussi adaptée à la musculature et l’ossature du soldat. Les deux ensembles sont tenus ou par des lanières de cuir, fermoirs souples, ou des attaches en bronze, tenons de métal, sur les épaules et le long des côtes.
Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir que les Grecs ciselaient finement ces armures par des scènes mythologiques ou des motifs animaliers.

Le ventre est protégé par une partie suspendue, légèrement incurvée, ne gênant pas les manœuvres du soldat. Sous cette lourde cuirasse, l’hoplite se vêt d’une chemise légère protégeant la peau du frottement des plaques métalliques. Enfin, les soldats sont souvent équipés en plus de bandes de cuir qui protègent le corps de la cuirasse jusqu’aux cuisses.

Le casque corinthien

Le casque est sans nul doute l’équipement le plus spectaculaire de l’hoplite. Il est surmonté d’un grand cimier, comme l’indique des peintures sur de nombreux vases. Il est fait en bronze et couvre l’arrière et le sommet de la tête, les joues et le nez. Des trous allongés s’ouvrent au niveau des yeux, permettant une vision latérale totale. Les casques de ce type trouvent leur origine dans le Péloponnèse et Corinthe. Ils sont très répandus à cette époque.


La phalange hoplitique : un bloc humain invincible


La phalange hoplitique résonne aujourd’hui comme l’incarnation d’une formation militaire de premier ordre : elle est organisée, disciplinée et basée sur l’égalité de tous les hoplites.
Dans un monde grec disparate, formé de cités qui constituent autant de micros Etats, la phalange hoplitique représente la défense de la cité et sa préservation, en symbolisant l’égalité entre tous les soldats. L’hoplite du VIIème siècle av. J.-C. n’est pas un aristocrate, c’est plutôt un paysan libre qui défend ses terres. Sparte adopte rapidement ce type de formation et l’adapte à son idéal patriotique : le guerrier défend le bien commun, la patrie et les valeurs de sa cité. Mais chez les Spartiates, un tel honneur ne peut être attribué qu’à l’élite sociale, non pas financière, mais aristocratique.
Les hommes avancent côte à côte, « pied contre pied, le bouclier appuyé contre le bouclier, et le casque contre le casque, la poitrine pressant la poitrine1 ». La tactique est simple : sur le champ de bataille, les hoplites forment une ligne sur huit rangs. Au signal, ils se mettent en marche « avec fougue et impétueusement (…) au rythme des nombreux joueurs de flûte » (Thucydide).
Ce type de progression entraîne la ligne d’affrontement sur une partie latérale du camp adverse. Ce déplacement typique du combat hoplitique doit être empêché par les combattants placés sur l’aile opposée, chargés de résister à l’avancée. La rencontre est un véritable choc d’armures et le combat continue dans une sorte de mêlée rituelle.
L’ordre dans lequel les troupes étaient disposées relève d’un ordre quasi-religieux. La place d’honneur est attribuée aux combattants locaux, car ils sont, pense-t-on, plus acharnés à la lutte.
Comment Sparte a-t-elle forgé son armée, considérée invincible par les Grecs contemporains et qui fait encore l’admiration du monde moderne de nos jours ? Certainement grâce à la formation des jeunes gens.


La formation du jeune Spartiate : discipline et puissance


L’agogé, l’éducation des Spartiates, repose sur un ensemble précis de principes éducatifs, dont les plus importants sont la discipline et l’obéissance. La défaite est insupportable, quelle qu’elle soit, car elle jette sur le perdant une humiliation intolérable aux yeux des autres. La peithô, l’obéissance, et l’aidôs, la bonne tenue sont imposées durement au jeune homme, car elles sont nécessaires au caractère spartiate, pétri d’une certaine noblesse.

L’agogé est dirigée par des guerriers respectés qui en font des chefs puissants. L’usage de la punition est indispensable dans l’apprentissage. Le pédonome, le maître, inflige souvent des châtiments physiques à l’élève, comme des coups de fouet, la privation de nourriture et bien sûr, des exercices physiques supplémentaires. L’agogé enseigne également une sorte d’ascétisme afin de le préparer au mieux à la dure vie de soldat qui l’attend.

Les parents sont admis à assister à la formation de leur fils. L’enfant n’a le droit qu’à une seule tunique pour toute l’année, peu importe la saison. Il n’a absolument pas le droit d’utiliser des sandales, la tête est rasée…
Ce qui est combattu, c’est la mollesse et toutes les formes de faiblesses.

L’idéal spartiate


L’idéal spartiate exige des hommes qu’ils soient puissants physiquement et mentalement. Ils doivent faire preuve de courage, d’endurance et de détermination sur le champ de bataille. C’est pourquoi Léonidas incarne l’aboutissement parfait de la formation spartiate. Il est un chef respecté, il ne craint pas la mort et sacrifie sa vie pour sauver la Cité.
Un autre aspect de l’agogé est l’intégration d’une certaine conception de l’idéal patriotique, ne laissant que peu de place aux cultes des personnalités individuelles, tout en favorisant l’émulation.
 Durant la bataille, chaque Spartiate doit protéger son Semblable : une faille dans la phalange, et le groupe peut périr. Mais l’héroïsme est nettement valorisé.
Pendant toute la formation, le jeune homme endure les pires souffrances physiques et ne doit jamais se plaindre. Il doit également apprendre à voler sa nourriture sans être pris. Les apprentis dorment sur des couches de roseaux durs et ne se lavent que très peu.

Le but ultime de l’agogé est d’intégrer un des trois hippagrètes ou de faire partie de la garde royale, les trois cents Hippeis. Les Hippeis représentent une certaine élite de l’armée spartiate : ils sont cavaliers.

La cryptie : devenir un homme


L’endurance et la force des armées spartiates sont devenues légendaires grâce aux exploits militaires et la grande impression qu’elles dégageaient sur le champ de batailles.

La phase ultime de l’éducation spartiate réside dans une retraite que le jeune homme est obligé d’accomplir et durant laquelle il se retire de la vie publique et reste caché. Au cours de cette retraite, il n’apparaît que la nuit pour voler de la nourriture et tuer de temps en temps un hilote. Cette phase essentielle s’appelle la cryptie. Durant cet éloignement forcé, le jeune homme erre dans la montagne ou les plaines de la campagne. Dans ce rituel de formation, le meurtre représente une partie essentielle prouvant le courage et la détermination du futur guerrier.

Une fois la cryptie achevée, le jeune homme est enfin accepté parmi le groupe des adultes et peut participer aux syssities, les repas quotidiens collectifs. Ces repas habituent l’homme à la vie en communauté et symbolisent l’appartenance à une sorte de confrérie militaire. Ces repas sont surveillés par les polémarques, chefs militaires établis.

C’est lors des syssities que les Spartiates partagent le brouet noir, sorte de bouillie à base de viande, évitant aux hommes de s’habituer au confort. La formation intellectuelle du jeune spartiate est limitée : elle se résume à l’apprentissage par cœur de quelques poèmes et l’initiation au chant.

Sparte a toujours intrigué par son originalité et sa rigueur mais, malgré les critiques nombreuses de certains Grecs, souvent Athéniens, frères ennemis des Lacédémoniens, tels Aristote et Platon, Sparte est loin d’être archaïque. 
La prédominance de son armée assoit nettement sa réputation dans le monde grec et dirige pendant près de deux siècles le Péloponnèse. Mais sûre d’elle, Sparte refuse pendant longtemps de construire une enceinte fortifiée comme les autres cités… 
Sparte nourrit aujourd'hui, dans la bande dessinée et au cinéma, beaucoup d’œuvres : son histoire est toujours aussi fascinante !