Qui est Marcion de Sinope (IIème s. ap. J.-C.) ?
Il est un hérésiarque, excommunié, par le pape Pie Ier, en 144, pour avoir défendu l'idée selon laquelle le Dieu, père de Jésus, est un Dieu d'Amour, contrairement au Dieu de L'Ancien Testament et de la Torah, considéré lui, comme un Dieu féroce, cruel et sévère. Les événements majeurs de la vie de Marcion sont très peu connus : il serait fils d'un évêque chrétien, né aux environs de 100 ap. J.-C, à Sinope, en Asie Mineure.
Ses principes connaissent un grand succès, à tel point qu'il fonde sa propre église, très bien structurée, mais comme elle concurrence l’Église traditionnelle, elle est considérée comme une secte gnostique. Régulièrement frappée d'anathèmes par les pères de l’Église, l’œuvre de Marcion a pourtant perduré de manière exceptionnelle jusqu'au VIème siècle. Son « organisation » (sa « secte ») a eu des martyrs et connut un véritable succès, qui s'explique par la clarté des principes qu'il défend. Métrodore a vécu le martyre du feu sous l'empereur Dèce. Toutefois, la conception d'un Dieu bon qu'il offre d'aimer, dans une approche mystique, est battue en brèche par les détracteurs de Marcion, qui rappellent que les hommes sont restés longtemps en proie aux persécutions de Satan et Jéhovah. L’œuvre de Marcion nous est connue par Tertullien, son principal adversaire.
Marcion de Sinope, en opposition avec la liturgie de l’Église, instaure le jeûne le samedi, et non le dimanche. Cette initiative serait justifiée par une démarche d'opposition au Dieu des "Juifs", considéré mauvais par les Marcionites. Il rejette d'ailleurs catégoriquement l'Ancien Testament, et ne reconnaît que l'Evangile de Luc, les Actes des Apôtres et dix Épîtres de Paul. L’Église marcionite revendique en fait l'héritage de Paul car il rejetait la circoncision et certaines prescriptions judaïques. Ainsi, il cherche à s'éloigner de la nouvelle religion du judéo-christianisme.
Marcion meurt à Rome en 165, alors qu'il avait été chassé en 144. Il meurt en laissant une église marcionite vive et très bien structurée. Il laisse à ses adeptes l'obligation de l'abstinence et du célibat. Le vrai mariage est avec Jésus-Christ, être d'essence divine, témoignant de l'existence d'un Dieu d'Amour. Il a parcouru pendant une vingtaine d'années tout l'Empire, pour prêcher ses théories, défiant ainsi l’Église traditionnelle. Elle a vu en Marcion et sa secte, un véritable danger : les conversions vers son obédience furent nombreuses. Son apparent manichéisme et la simplicité de son discours plaisent. L’Église romaine fera tout pour effacer toutes les traces de son passage, et Tertullien, en polémiste méthodique, achèvera cette condamnation des marcionites. En 268, le concile d’Antioche condamne Marcion et le Marcionisme.
Marcion l'apostat.
Marcion fut un autodidacte, peu soucieux de la tradition chrétienne, mais qui a su rester éloigné des idées de Valentin ou Basilide. Pour Tertullien, Marcion propose un système incohérent dont il s'attache à montrer les erreurs et les lacunes. Pour cela, Tertullien s'intéresse au meilleur disciple de Marcion, Apelle, auteur d'un Syllogismes, dont seuls des fragments nous sont aujourd'hui parvenus. Apelle pousse à l'extrême les théories de Marcion en affirmant, par exemple, que tous les récits de Moïse sont faux. On peut y lire une volonté de consolider les principes de Marcion. Selon lui, le Démiurge serait un ange !
L’Église le condamne donc à plusieurs titres. Marcion est un apostat, séduit par des élucubrations gnostiques qui l'emportent vers l'hérésie. Ses conceptions sont sectaires et alors contradictoires. L’Évangile de saint Luc est mutilé et altéré pour les besoins de sa gnose. Marcion aurait été inspiré par une certaine Philumène, dont on ne connaît aucune citation. Aux yeux d'Ernest Renan, elle serait surtout l'allégorie de la vérité philosophique.
Suite :
Marcion partie 2
Marcion partie 3
Marcion partie 5
Marcion partie 6
Marcion conclusion
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