dimanche 7 mars 2021

Léonidas aux Thermopyles

Dans le monde grec du Vème av. J.-C., la suprématie du guerrier spartiate, d’une qualité extraordinaire, n’est plus à démontrer. Ces guerriers sont tellement craints que les Athéniens se réfugient derrière leur enceinte fortifiée, refusant l’affrontement, durant les premières années de la guerre du Péloponnèse.

Cette fuite des Athéniens vient de la légende et des hauts faits d’armes des Spartiates qui sont racontés à travers toute la Grèce. Le récit de la bataille des Thermopyles et du sacrifice des trois cents hoplites de Léonidas encourage cette réputation unique de la phalange spartiate qui refuse toute défaite.

« Etranger, va dire à Lacédémone que nous gisons ici pour obéir à ses lois. »
(Hérodote, L’Enquête, VII, 228)

Hérodote est sans nul doute le héraut de l’admiration générale pour Léonidas et ses fameux Trois Cents. « Les Lacédémoniens combattirent de manière digne de mémoire ; ils firent voir par différents traits qu’au milieu d’hommes ignorant l’art de la guerre ils le possédaient à fond ; en particulier, chaque fois qu’ils tournaient le dos, ils conservaient, en ayant l’air de prendre la fuite, une formation serrée ; les Barbares les voyant fuir, les poursuivaient en criant et en menant grand bruit ; mais eux, au moment d’être atteints, se retournaient face aux Barbares et, à la faveur de cette conversion, abattaient des Perses en nombre incalculable1. »
Malgré la défaite, les Spartiates de Léonidas conservèrent durablement une sorte de prestige. Mais que s’est-il passé exactement aux Thermopyles ?


Le défilé des Thermopyles


Dès le début de la Seconde Guerre Médique, le commandement de la coalition grecque contre l’envahisseur perse, Xerxès, est confié aux Spartiates, menés par Léonidas et Eurybiade. Un congrès à Corinthe se tient au cours du printemps 480 av. J.-C., afin de décider d’une stratégie. Les Grecs renoncent à toute tentative de résistance en Thessalie mais sont prêts à unir la flotte et les troupes des différentes cités.

Les Thermopyles, littéralement les « portes chaudes », nommées ainsi en raison des sources d’eaux chaudes se trouvant aux environs, constituent un passage étroit entre la Thessalie et la Locride, au sud du golfe Maliaque jusqu’à l’embouchure du fleuve Spercheios. 

Cette position stratégique fait de ce lieu particulier un théâtre de batailles nombreuses durant l’Antiquité mais aussi au XXème siècle.

C’est dans ce défilé que s’affrontent Sparte, ses alliés et l’envahisseur perse, au mois de Septembre 480 av. J.-C. Hérodote nous renseigne sur le nombre des participants : deux millions d’hommes du côté Perse, opposés à environ sept mille hommes du contingent grec. Évidemment, les chiffres d’Hérodote concernant l’armée perse semblent erronés : les historiens avancent le chiffre d’environ deux cent mille hommes, peut-être moins.

Les préparatifs de la plus fameuse bataille de l’Antiquité grecque


Du côté grec, la réunion de Corinthe permet une alliance unanime des cités grecques. Une réconciliation générale intervient, et trente-et-une cités s’engagent par serment dans une ligue défensive contre les Perses et préparent des contingents de soldats. Le commandement des troupes est confié à deux Spartiates, le roi Léonidas Ier pour les fantassins et Eurybiade pour la flotte grecque. Mais durant l’hiver de la fin de l’année 481 av. J.-C., les Grecs tergiversent sur le plan de campagne et ne peuvent s’opposer à la conquête de la Thessalie par les troupes perses au printemps 480 av. J.-C.

Du côté perse, on cherche à envahir une position défensive très forte aux Thermopyles qui commande l’accès à la Béotie et à la Grèce centrale. Ce défilé était le seul passage entre la Thessalie et la plaine de l'Attique, coincé entre la montagne de l’Oeta et le golfe Maliaque. 
Les Perses, pour garder le contact avec leur flotte, doivent emprunter cette seule route importante qui passe par les Thermopyles. L’armée de Xerxès est diversifiée : elle rassemble des Perses, des Kissiens et les Immortels, réputés venir des plateaux iraniens. D’après Quinte Curce, l’historien romain, l’armée perse est un rassemblement d’hommes issus des conquêtes achéménides ainsi que des mercenaires, parfois grecs. Cela semble expliquer les nombreuses défaites qu’essuient les troupes de Xerxès face aux alliés grecs, mieux entraînés, endurants et disciplinés au combat.

Sur mer

La flotte grecque, assez importante, se trouve au Nord de l’Eubée, dans la région du cap de l’Artémision. Au cas où l’armée achéménide serait parvenue à progresser rapidement vers le Sud, elle aurait été en mesure de couper la retraire à la flotte grecque en bloquant le détroit de l’Euripe, à Chalcis. Un barrage situé aux Thermopyles permet de sauver la flotte grecque et prend donc une importance capitale.

Les Perses arrivent enfin sur les lieux, la bataille peut commencer. Xerxès et Léonidas s’observent pendant cinq jours.

L’affrontement et le sacrifice des Trois Cents


Au cinquième jour, premier jour de la bataille des Thermopyles, Xerxès décide d’envoyer ses troupes mèdes contre les alliés. L’affrontement a lieu au pied du défilé, dans le passage le plus étroit. Selon Diodore, « les hommes se tiennent au coude à coude ». Les Grecs forment un véritable mur de boucliers dont seules les piques et les lances émergent. L’infanterie perse utilise des boucliers en osier et des lances courtes, ce qui les empêche de combattre efficacement l’ennemi.

Les Grecs, en effet, écrasent les Perses et Xerxès est obligé à plusieurs reprises de se lever du siège d’où il observait la bataille ! Les pertes grecques sont minimes. Xerxès décide alors d’envoyer dans un second assaut les Immortels : son infanterie d’élite composée de dix mille hommes.

C’est là que les Grecs utilisent la tactique de la fausse retraite pour tromper l’ennemi et massacrent littéralement les Immortels qui n’échappent pas à la violence acharnée des coups spartiates.

Le second jour


Dès le matin du deuxième jour, Xerxès envoie de nouveau ses troupes à l’assaut des Grecs, inspirés par la détermination des Spartiates. Mais cette nouvelle journée de combat est encore un échec cuisant pour les Perses, et leur chef devient perplexe. Voulant à tout prix détruire cette poche de résistants, Xerxès est prêt à faire appel à un traître, Spartiate, le tristement célèbre Ephialtès : son nom signifie “cauchemar”…
Ce traître sans scrupule révèle à Xerxès l’existence d’un sentier, non défendu ni surveillé par les Grecs qui permet de contourner le défilé des Thermopyles en passant par la crête de la montagne.

Le troisième jour


A l’aube, les Perses décident d’emprunter le chemin révélé par Ephialtès. Réveillés en sursaut, les Grecs sont surpris par le bruit que font les ennemis, et découvrent avec stupeur qu’ils ont découvert le sentier que Léonidas avait choisi de ne pas défendre, comptant sur l’ignorance des Perses.

Voyant déjà leur fin, certains alliés plaident pour la retraite, ce que ne peut tolérer Léonidas. Celui-ci choisit alors de renvoyer les troupes et de ne garder avec lui que ses fidèles trois cents hoplites, après une grande réunion des chefs alliés. La plupart des alliés de Sparte s’enfuient mais les plus acharnés selon Plutarque sont les Thébains qui souhaitent résister à la domination perse. Mais ceux-ci quittent également le lieu de bataille, abandonnant les trois cents hommes de Léonidas, principalement sa garde royale personnelle, les Hippeis, à une mort certaine.

La phase finale de la bataille des Thermopyles varie selon les sources.
D’après Hérodote, les hoplites se portent dans l’endroit le plus large et affrontent courageusement l’ennemi jusqu’au dernier. Selon Diodore de Sicile, les Spartiates tentent une attaque nocturne dans le camp adverse et parviennent à semer le trouble et disperser les hommes effrayés, impressionnés par cette attaque surprise. Mais l’avantage de la surprise est de courte  durée et rapidement les trois cents spartiates tombent un à un sous les flèches et les javelots perses.

La dépouille de Léonidas est ramenée à Sparte où la construction d’un mausolée témoigne à jamais de son courage. En plus d’un culte à la louange de son héroïsme, des fêtes, les Léonidées, sont instituées afin de perpétuer le souvenir du valeureux chef spartiate.


L’organisation et l’équipement militaires des Perses



Xerxès déçu de la tournure de la Bataille dès le premier jour, décide d’envoyer ses meilleurs fantassins au combat, dans l’assurance qu’ils apporteront une victoire rapidement. Ces soldats sont appelés les Immortels : surnom donné aux mélophores.
Les mélophores sont la garde personnelle de Xerxès : une troupe de dix-mille lanciers. Cyrus l’Ancien a crée ce corps spécial afin de garantir sa sécurité personnelle en période d’instabilité politique, selon Xénophon. Le groupe est divisé en deux parties, une de mille hommes et une autre de neuf mille
La troupe des Mille est menée par un chiliarque. Le mélophore tire son nom du fruit, grenade ou pomme qui orne la hampe de leur lance.
Le surnom d’Immortels provient du fait que dès qu’un homme mourait, il était immédiatement remplacé afin qu’ils soient toujours au nombre exact de dix-mille.
Les mélophores surprennent leurs adversaires par la grande élégance et le raffinement de leur équipement et de leur uniforme.
Le reste de l’armée achéménide est constituée de cavaliers, et de fantassins plus simplement vêtus et équipés que les Immortels. Ils possèdent des haches, des masses de bois, des boucliers en osier et des lances. Ils sont vêtus le plus souvent en peaux de bêtes ou en tuniques simples.

 

L’impact de la Bataille des Thermopyles


Cette défaite spartiate, et plus largement de l’alliance grecque, reste malgré tout un fait d’armes extraordinaire et unique, gravant à jamais dans les mémoires la puissance, le courage et la détermination des hoplites, citoyens-soldats de Sparte. Léonidas devient l’incarnation de l’idéal patriotique : il ne craint pas de sacrifier sa vie pour la défense de la Cité.

Les Grecs imposeront une cinglante défaite quelques mois plus tard aux Perses, lors de la Bataille navale de Salamine. La flotte grecque est menée par Eurybiade de Sparte et Thémistocle d’Athènes.


La vision de la Grèce antique se résume souvent à ces deux principales cités : Athènes et Sparte. Deux conceptions politiques différentes : Athènes la moderne, en perpétuel mouvement et Sparte, la conservatrice, classique et militariste. Dans la réalité de la Grèce du Vème siècle av. J.-C., les cités sont marquées par les symmachies (ligues militaires) maintenant une lutte permanente. Mais face à l’envahisseur, l’union sacrée domine, favorisée par le partage d’une culture identique, entre les deux sœurs ennemies. Et cette alliance est payante.

Au terme des Guerres Médiques, Sparte et Athènes vont retrouver leur rivalité ancienne et provoquer la Guerre du Péloponnèse, lutte acharnée entre les deux cités pour la domination du monde grec. 
Léonidas demeure à jamais un véritable héros.

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