jeudi 26 janvier 2017

Le Paulicianisme : aux sources du Catharisme partie 02

Des origines troubles

La littérature spécialisée est peu répandue sur les origines du Paulicianisme : des divergences existent sur les origines de ce mouvement. 
Des historiens font remonter l'origine des Pauliciens à Paul de Samosate, d'autres à Paul d'Arsamosate, et enfin une minorité à Paul l'Arménien. Survient alors une différenciation dans la terminologie : des membres du courant de Paul sont appelés pauliciens ou paulicianistes.
Quoi qu'il en soit, le mouvement surgit en Arménie : il est immédiatement condamné par l’Église, en même temps que le mouvement nestorien1. Il pénètre dans l'empire byzantin, au VIème siècle, et ses membres subissent immédiatement des persécutions d’État. Ils sont accusés d'être traîtres à la foi, et donc à la patrie. La conquête de Basile 1er en Arménie au IXème siècle achève les espoirs d'expansions religieuses et politiques des pauliciens, par l'assassinat de leur chef charismatique Chrysocheir. Il avait poussé ses invasions de la Propontide jusqu'aux bords de la mer Égée.
C'est à partir de ce coup violent porté au mouvement que l'histoire du Paulicianisme devient obscure. Le mouvement semble entrer dans le secret. Pour renforcer leur résistance, ses membres auraient cherché à former des alliance avec les Arabes en pleine conquête. Il est certain que d'ailleurs que des dissensions apparaissent au sein de la secte qui se divise en deux parties. L'une défend la tradition adoptianiste syriaque, qui affirme que Jésus serait devenu le fils de Dieu par adoption. L'autre partie affirme un docétisme tardif et une christologie hérétique, qui découle du marcionisme. C'est de ce second mouvement que découlerait le 
courant bogomile.

Constantin de Mananalis : le fondateur

Pierre de Sicile, l'écrivain byzantin de la seconde moitié du IXème siècle a laissé des écrits essentiels pour la compréhension du mouvement paulicien. Son ouvrage majeur est un Traité sur la vaine et futile hérésie des Manichéens. C'est sur un ordre de Basile 1er qu'il aurait été envoyé en tant qu'ambassadeur, à Téfrik, la nouvelle capitale du foyer paulicien fondée par Karbéas, au nord de la Cappadoce, en Turquie actuelle. Il se serait immergé pendant neuf mois parmi les membres pauliciens. Il en profite pour se renseigner sur le contenu et l'organisation sociale de l'hérésie.
On peut y lire le récit de la fondation du mouvement, à travers une brève biographie de Constantin-Sylvanos (du nom d'un disciple de Paul de Tarse), né à Mananalis, près de la ville d'Arsamosate, en Turquie actuelle. 
Après avoir fondé l'Eglise des Macédoniens, à Kibossa en Arménie, il se serait exilé à Coloneia, au nord de la Cappadoce, où il prêché sa doctrine pendant presque trente ans. Vers 682, le didascale (l'enseignant en grec) aurait été dénoncé et serait mort lapidé, par ses propres disciples, sur l'ordre de Syméon, persécuteur acharné des pauliciens. Constantin aurait fixé un canon de textes sacrés : les quatre Évangiles et les Actes des apôtres, principalement. Il a nettement contribué à la structuration de son mouvement, qui devient une force militante.
Mais Syméon aurait été particulièrement séduit par la pensée de Constantin de Mananalis, et se serait converti à son Église, peu de temps après. Il devient alors son premier successeur et, en tant que nouveau didascale, il continue les prêches que Constantin avait initiés. Il change de nom pour celui de Titus, et meurt, brûlé vif par Justinien II, en 690, qui en profita pour faire subir le même châtiment à ceux qui étaient attachés à cette Église.
En effet, le pouvoir impérial réagit vivement à l'expansion inquiétante de cette nouvelle Église, qui paraît plus efficace que d'autres sectes arméniennes à la même époque. Les Pauliciens constituent un danger aux yeux de l'évêque de Coloneia2, qui signale cette hérésie manichéenne à l'empereur Léon III l'isaurien. Ce dernier prendra des mesures radicales pour mettre un terme à ces mouvements, et instaurera des lois qui condamnent les « manichéens » à la mort. 


1Nestorianisme : Hérésie qui prend son nom de Nestorius (381-451), patriarche de Constantinople. Il défend l'idée que deux principes résident en Jésus-Christ : l'un divin et l'autre humain.

2Ville du Nord de la Cappadoce, en Turquie actuelle.

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