Des origines troubles
La littérature spécialisée est peu répandue sur les origines du Paulicianisme : des divergences existent sur les origines de ce mouvement.Des historiens font remonter l'origine des Pauliciens à Paul de Samosate, d'autres à Paul d'Arsamosate, et enfin une minorité à Paul l'Arménien. Survient alors une différenciation dans la terminologie : des membres du courant de Paul sont appelés pauliciens ou paulicianistes.
Quoi qu'il en soit, le
mouvement surgit en Arménie : il est immédiatement condamné
par l’Église, en même temps que le mouvement nestorien1.
Il pénètre dans l'empire byzantin, au VIème siècle, et
ses membres subissent immédiatement des persécutions d’État. Ils
sont accusés d'être traîtres à la foi, et donc à la patrie. La
conquête de Basile 1er en Arménie au IXème
siècle achève les espoirs d'expansions religieuses et politiques
des pauliciens, par l'assassinat de leur chef charismatique
Chrysocheir. Il avait poussé ses invasions de la Propontide
jusqu'aux bords de la mer Égée.
C'est à partir de ce
coup violent porté au mouvement que l'histoire du Paulicianisme
devient obscure. Le mouvement semble entrer dans le secret. Pour
renforcer leur résistance, ses membres auraient cherché à former
des alliance avec les Arabes en pleine conquête. Il est certain que
d'ailleurs que des dissensions apparaissent au sein de la secte qui
se divise en deux parties. L'une défend la tradition adoptianiste
syriaque, qui affirme que Jésus serait devenu le fils de Dieu par
adoption. L'autre partie affirme un docétisme tardif et une
christologie hérétique, qui découle du marcionisme. C'est de ce
second mouvement que découlerait le
courant bogomile.
Constantin de Mananalis : le fondateur
Pierre de Sicile,
l'écrivain byzantin de la seconde moitié du IXème
siècle a laissé des écrits essentiels pour la compréhension du
mouvement paulicien. Son ouvrage majeur est un Traité sur la
vaine et futile hérésie des Manichéens. C'est sur un ordre de
Basile 1er qu'il aurait été envoyé en tant
qu'ambassadeur, à Téfrik, la nouvelle capitale du foyer paulicien
fondée par Karbéas, au nord de la Cappadoce, en Turquie actuelle.
Il se serait immergé pendant neuf mois parmi les membres pauliciens.
Il en profite pour se renseigner sur le contenu et l'organisation
sociale de l'hérésie.
On peut y lire le récit de la fondation du mouvement, à travers une brève biographie de Constantin-Sylvanos (du nom d'un disciple de Paul de Tarse), né à Mananalis, près de la ville d'Arsamosate, en Turquie actuelle.Après avoir fondé l'Eglise des Macédoniens, à Kibossa en Arménie, il se serait exilé à Coloneia, au nord de la Cappadoce, où il prêché sa doctrine pendant presque trente ans. Vers 682, le didascale (l'enseignant en grec) aurait été dénoncé et serait mort lapidé, par ses propres disciples, sur l'ordre de Syméon, persécuteur acharné des pauliciens. Constantin aurait fixé un canon de textes sacrés : les quatre Évangiles et les Actes des apôtres, principalement. Il a nettement contribué à la structuration de son mouvement, qui devient une force militante.
Mais Syméon aurait été
particulièrement séduit par la pensée de Constantin de Mananalis,
et se serait converti à son Église, peu de temps après. Il devient
alors son premier successeur et, en tant que nouveau didascale, il
continue les prêches que Constantin avait initiés. Il change de nom
pour celui de Titus, et meurt, brûlé vif par Justinien II,
en 690, qui en profita pour faire subir le même châtiment à ceux
qui étaient attachés à cette Église.
En effet, le pouvoir
impérial réagit vivement à l'expansion inquiétante de cette
nouvelle Église, qui paraît plus efficace que d'autres sectes
arméniennes à la même époque. Les Pauliciens constituent un
danger aux yeux de l'évêque de Coloneia2,
qui signale cette hérésie manichéenne à l'empereur Léon III
l'isaurien. Ce dernier prendra des mesures radicales pour mettre un
terme à ces mouvements, et instaurera des lois qui condamnent les
« manichéens » à la mort.
1Nestorianisme :
Hérésie qui prend son nom de Nestorius (381-451), patriarche de
Constantinople. Il défend l'idée que deux principes résident en
Jésus-Christ : l'un divin et l'autre humain.
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