Le Paulicianisme se répand en Asie mineure et en Arménie à partir du VIème siècle. L'Arménie est une terre de confluences : pays chrétien, coincé entre le monde perse et la domination byzantine, un territoire aux frontières nombreuses dans lequel le christianisme primitif rencontre des influences manichéennes, celles du zoroastrisme, et aussi celles des courants gnostiques orientaux.
Les Bogomiles reprennent
en droite ligne le flambeau paulicien modéré, qui reprenait
lui-même les lueurs marcionites. On rappelle que ces deux courants
s'inscrivent dans une même lignée qui tend à s'éloigner des
courants gnostiques et orthodoxes. Les sectateurs bulgares ont
abandonné les velléités belliqueuses de certains de ses membres
radicaux. On se rappelle le moment où le Paulicianisme, à la mort
de Sergius, connaît une crise interne qui divise le mouvement en
deux groupes (une frange modérée et une frange militaire). Karbéas
et ses adeptes fidèles ont fondé un véritable état guerrier
paulicien à Téfrik, au IXème siècle.
Les Bogomiles, attachés
aux principes de la contemplation, profitent de leurs excellents
propagandistes pour disséminer leur doctrine un peu partout en
Europe. Mais, ils ne sont pas un pur produit autochtone. Il est
évident que sans les Pauliciens de l'empire byzantin, sans leur
doctrine mûrie sur les principes évangéliques, le bogomilisme ne
serait qu'un syncrétisme des dualismes chrétiens et gnostiques,
très nombreux et variés en aux frontières occidentales de
l'empire.
Du paulicianisme, les
Bogomiles adoptent tous les principes : la christologie docète,
le rejet de la croix, la condamnation de Moïse et de Jean-Baptiste,
le récit de la Nativité, le Credo, la chasteté, la croyance
dans le règne de Satan, une vision libérale de la place de femme,
les canons. Ils défendent aussi un même retour au christianisme
apostolique, fait de simplicité et de « pureté »,
détaché des richesses matérielles. Ils n'accordent aucune valeur à
l'Eucharistie et refoulent la hiérarchie cléricale. Les accusations
de manichéisme sont formulées dès lors, par des membres de
l'Eglise, qui craignent de perdre leurs prérogatives confortables.
Il est même possible de
voir dans les principes bogomiles des points communs avec certains
courants du monachisme traditionnel. Le moine Euthyme Zygabène
insiste particulièrement sur un point intéressant du fonctionnement
de l’Église bulgare, lorsqu'il rappelle qu'ils ont une estime
particulière pour Paul, non l'apôtre néotestamentaire, mais Paul
de Samosate, « le détestable chef des Pauliciens ».
Chez les Cathares et,
avant eux chez les Pauliciens de Bulgarie, il est attesté d'un
second baptême : une sorte de cérémonie de conversion
spirituelle, dans le but d'accéder au rang de « parfait ».
La vêture, l'esprit de pénitence et l'ascèse qui s'observent
alors, présentent des analogies troublantes avec l'entrée dans la
vie monacale. Certains y verront là des inspirations propres aux
francs-maçons.
Également, le moine Euthyme pointe selon lui une erreur impardonnable dans le péché d'ignorance : les adeptes bogomiles sont soumis à une sorte d'initiation secrète. Ils se lient par des serments, tout en niant la résurrection de la chair. Euthyme a-t-il voulu, dans un souci rhétorique et argumentatif, « salir » le bogomilisme en l'assimilant à une secte païenne à mystères, ou bien peut-on y voir la naissance des pratiques cathares ?
Sources :
The Medieval Manichee:
a study of the christian dualist heresy, Steven
Runciman, 1982.
Pauliciens bulgares et
Bons-Hommes en Orient et en Occident: étude sur quelques sectes du
Moyen Age, Alexandre Lombard,
1879.
Christianisme :
Dictionnaires des temps, des lieux et des figures,
André Vauchez, 2010.
Interrogatio Johannis,
publié par Edina Bozóky, 1981.
Liturgie Romaine et
Inculturation, ouvrage
collectif, 2002.
Histoire du
christianisme, volume 4 : Évêques, moines et empereurs
(610-1054), ouvrage collectif,
1996.
Les Hérétiques au
Moyen Age : suppôts de Satan ou chrétiens dissidents ?,
André Vauchez, 2014.
Histoire des Cathares,
Michel Roquebert, 2002.
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