dimanche 26 janvier 2020

Les Tondrakiens

Tondrak : hérétiques ou visionnaires ?


Les pauliciens des provinces asiatiques de l'empire byzantin, après les violentes persécutions, disparurent progressivement, et ne laissent que peu de traces dans les textes historiques. 
On sait que quelques-uns d'entre eux passèrent à l'islamisme. Chez les Arméniens, l'hérésie se maintient particulièrement dans la secte des Tondrakiens, qui apparaît au milieu du IXème siècle. L'information essentielle sur cette hérésie arménienne, antiécclésiale et antisacramentelle, nous est transmise par un texte de Grégoire de Narek, un théologien arménien de la fin du Xème siècle, auteur du Livre des Lamentations, qui a rédigé une longue lettre adressée aux hérétiques de Tondrak. En même temps que l'expansion bogomile en Bulgarie, et dans les Balkans, jusqu'aux rives de l'Adriatique, se déploient les Tondrakiens en Arménie. 
Cette secte chrétienne prend le nom de la ville de Tondrak, à l'ouest du pays. Ils se répandent entre le IXème et XIème siècle. Et, plus qu'au mouvement bogomile, c'est aux Tondrakiens qu'on doit l'héritage paulicien.
Cette communauté est fondée par Sembat, de Zaheravan, qui est un ennemi farouche de toutes les institutions chrétiennes. Le prédicateur s'attaque également aux inégalités sociales. Il reprend la vision libérale de la femme proposée par les Pauliciens, qui ne faisaient pas de distinctions injustes entre les deux sexes. Ainsi, ce mouvement participe largement aux émeutes paysannes qui émaillent l'histoire médiévale de l'Arménie.
C'est la nature résistante et militante du Paulicianisme (en lutte armée contre les Byzantins et les Arabes) qui se retrouve particulièrement dans la secte tondrakienne. Malgré les persécutions, (commencées dès 820, et durant presque deux siècles) au Xème siècle, les Tondrakiens se sont répandus largement dans les provinces d'Arménie : ils sont identifiés à Vaspourakan, dans l'ouest du pays, à Mokk (en Turquie actuelle), et aux pieds des montagnes caucasiennes. Les Pauliciens byzantins rescapés seraient venus grossir leurs rangs dès 872, après leur massacre par Basile Ier. Leurs conceptions chrétiennes rencontrent en effet un vif succès parmi les populations les plus pauvres, mais aussi chez certains nobles et des membres du clergé.
Grégoire de Narek formule des griefs contre les Tondrakiens qui éclairent aujourd'hui leur doctrine. On y apprend que les rites principaux de la liturgie sont rejetés : baptême, ordination, communion, et le mariage. Les adeptes en déprécient leur valeur spirituelle. Ils ne croient pas non plus que le dimanche doive être un jour particulier dans la semaine « religieuse ».
On peut déceler chez les Tondrakiens la volonté d'épurer le christianisme contemporain, perverti selon eux par des contraintes liturgiques et matérielles, afin de se rapprocher au maximum des principes apostoliques et de l'enseignement du Christ. 
Le point le plus curieux est certainement l'usage qu'ils font du nom « Christ ». Si Jésus-Christ est un simple envoyé divin, alors il n'y a pas de difficultés à appeler « Christ » les chefs de la secte. Comme chez les Pauliciens, la pratique religieuse est avant tout spirituelle. C'est par une communion d'esprit avec Dieu qu'on doit lui rendre le culte. C'est pourquoi les Tondrakiens n'adorent pas la Croix, rejettent les rituels « matériels » et ne manifestent pas extérieurement leurs croyances.

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