Tertullien : Adversus Marcionem
Marcion établit un canon, précédant le canon officiel, aux alentours de 150 ap. J.-C. Pour défendre sa liturgie, il fait fi des références à l'Ancien Testament et expurge allègrement l’Évangile selon Luc. Il ne conserve qu'une partie des lettres de Paul (10 seulement). C'est à cause de Marcion que l’Église est décidée à codifier son Canon des Écritures, c'est-à-dire établir une liste des textes sacrés au service de la liturgie chrétienne, fixant ainsi l'Ancien et le Nouveau Testaments.Tertullien, père de l’Église, rédige le Contre Marcion (Adversus Marcionem). C'est la principale source sur le marcionisme. Il cite les Antithèses de Marcion pour mieux les réfuter. C'est donc un regard subjectif et pourtant la seule source directe connue aujourd'hui. Pour Tertullien, Marcion s'attaque aux fondements même de la foi chrétienne, et représente une menace par le succès de sa secte. Tertullien écrit vers 200 un De praescriptione haereticorum (A propos de la prescription des hérétiques) qui est une sorte de code juridique démontrant les faiblesses des hérésies et autres sectes en vogue de son temps. Cet ouvrage contient toutes les réflexions pouvant réfuter le marcionisme, mais Tertullien, comme s'il avait considéré cet écrit comme insuffisant, décide, en 207, de rédiger un Adversus Marcionem (Contre Marcion). Dans cet opuscule, il s'attache activement à dénoncer les erreurs de Marcion, souvent au moyen de démonstrations « par l'absurde ».
La modernité critique des marcionites
Tertullien rappelle donc que les coupes dans les écrits sacrés opérées par Marcion sont peu honnêtes. Il montre principalement que le Canon de Marcion atteste la doctrine chrétienne traditionnelle et dessert complètement le marcionisme. La démonstration est méthodique et documentée : chaque point de la polémique montre les outrances de Marcion. Tertullien procède ainsi parfois par des raisonnements par l'absurde, par exemple, au sujet du corps du Christ. Si Marcion affirme que le corps du Christ est une apparence, alors il aurait dû livrer du pain pour le crucifier, or, il ne l'a pas fait. Donc, le corps historique du Christ était réel, et logiquement, le corps eucharistique aussi.
De plus, Tertullien s'en prend vigoureusement au docétisme de Marcion. Son acharnement montre à quel point l'église marcionite constituait un réel danger pour l’Église romaine. Pourtant, elle joue un rôle essentiel dans le christianisme antique, notamment par son aspect antijudaïque. On le sait, l’Église chrétienne a toujours fait preuve d'une sorte d'amnésie de ses racines juives, en présentant les Chrétiens comme le « vrai Israël ». En effet, les juifs sont perçus comme un peuple honni, persécuteur du Messie qu'ils ne reconnaissent pas.
Le succès de la secte marcionite repose également sur une approche moderne de la place de la femme dans la communauté. Marcion affirmait que dans le Christ : « il n'y a ni mâle ni femelle ». Ainsi, les femmes se voyaient naturellement autorisées à baptiser. Cet aspect est radicalement impossible aux yeux de l’Église romaine qui supprime toutes les femmes de sa hiérarchie. De plus, pour les Marcionites, le véritable mariage se fait avec le Christ et, à ce titre, ils ne peuvent donc tolérer une vie sur terre qui adopterait la procréation. Durant la cérémonie du baptême, les disciples de Marcion utilisaient la formule « au nom du Christ » et excluaient toute référence à la sainte trinité.
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